Découvrir Madagascar par la grande porte

Quartier Analakely Antananarivo ©feeldQuartier Analakely à Antananarivo, 2014 ©feeld

Madagascar a toujours été, dans l’imaginaire réunionnais, une destination fantasmée. Le créole fait volontiers le grand bond vers le pays la fré, va battre carré à Maurice mais boude la Terre des ancêtres. J’ai en mémoire le tonton de mon pote zoréol d’origine malgache, il importait du bois à La Réunion et allait prospecter en brousse. Il nous racontait ses traversées semées d’embûches, ça nous faisait rêver.

J’ai débarqué pour la première fois à Madagascar en 2012 par la grande porte : l’aéroport international d’Ivato. Complètement flippé par ce qui se racontait à La Réunion, je m’étais préparé en lisant l’excellente BD « Vazahabe ! » de Denis Vierge, le récit d’un Français qui se rend pour la première fois à Mada, avec une dégaine de touriste, tu ne peux pas mieux faire, le parfait pigeon. Et ce qui est narré au début du bouquin m’arriva. Après avoir passé le protocole de débarquement à la malgache : remise de la fiche sanitaire, obtention du visa, inspection des bagages, enfin un énième contrôle du passeport, j’entrais dans l’arène. « Taxi  ? »,  « Tu cherches un hôtel ? »« Tu veux changer de l’argent ? »… Des Malgaches m’attendaient ! Pas le temps de répondre, un bagagiste m’avait emboîté le pas et était parti avec mon chariot, trop rapide le Malagasy.  « A la one again » , bienvenue à Madagascar !

Deux ans plus tard, enjoué par mon premier périple (j’avais passé deux semaines inoubliables à kiter sur le Canal du Mozambique), je retourne à Madagascar, toujours par la même porte. Et rebelote, gros flip à Ivato ! Cette fois, j’ai fait fort : en empruntant le couloir des bureaux administratifs des douanes que j’avais repéré lors de mon premier voyage, ce fameux passage qui mène aux correspondances régionales, pour éviter « les Malgaches qui m’attendaient », laissant entendre que j’étais en transfert, j’ai accusé…  un Malgache d’avoir volé mon passeport ! L’individu est resté muet alors que je le montrais du doigt. Puis il a désigné du regard ma poche avant gauche dans laquelle il y avait le précieux document, a esquissé un sourire et est entré dans un bureau, argh !

Depuis, j’habite à Mada la moitié de l’année, en case en tôle dans un quartier populaire ! Je n’ai jamais été inquiété encore moins agressé, volé, racketté. Ah si si, une seule fois car je n’étais pas en règle, je ne savais pas qu’il fallait légaliser en mairie ou en préfecture les photocopies de son passeport. Passer par Ivato, pour moi c’est toujours une aventure, il m’arrive souvent un truc mais rien de bien méchant. Une fois je me suis retrouvé sans valise, parce que je vous explique… Récupérer son passeport avec son visa à Ivato, c’est interminable et pendant ce temps, si vous êtes seul, vous ne pouvez pas mater les bagages qui arrivent sur le tapis roulant. Les douaniers empilent des dizaines de passeports, puis vous font attendre, attendre, attendre. Un vazaha s’était planté de valise, j’aurais dû la barder d’autocollants. Son bagagiste avait réussi « à glisser » le contrôle pour prétendre à un bon pourboire. Je l’ai récupérée une bonne heure plus tard, la valise était presque arrivée dans la capitale quand les douanes ont appelé le tête en l’air. Une autre fois, j’ai bien failli ne pas rentrer à La Réunion, des dizaines de Réunionnais bloqués à Tana depuis des jours, barraient l’accès de la zone d’embarquement, c’était pendant la grève d’Air Mad en 2015.

Si vous débarquez à Madagascar par Ivato et que vous n’êtes pas en transfert, vous passerez inévitablement par la capitale : Antananarivo (Tananarive en français). Tana, la ville de tous les dangers… Je déconne ! Ne laissez pas pendre votre banane ou votre sacoche, prenez un taxi pour vous déplacer la nuit, et encore… Perso, je déambule sans problème dans l’obscurité sur l’Avenue de l’indépendance au milieu des 4mi, nom donné aux sans logis de la capitale. Le centre de Tana la nuit a un air de Cour des miracles : les indigents se massent autour de feux improvisés pour se réchauffer. Ca troue le cœur cette pauvreté, mais n’ayez pas peur ! Préparez des petits billets dans vos poches si vous le souhaitez et distribuez-les au compte-gouttes la journée par-ci par là en toute discrétion pour éviter les attroupements autour de vous. Profitez de votre passage par Tana pour déambuler sur le marché d’Analakely, ça grouille de monde, j’adore ! Montez à pieds jusqu’au Rova par la route, ça vous fera une balade sympa et ça ne craint pas du tout. Faites un saut à l’Institut Français de Madagascar voir l’expo du moment et jeter un coup d’œil sur la programmation : concerts, films d’auteur… Enfin, lisez no comment pour dénicher des bons plans, passez dans leur librairie, vous y trouverez un chouette bouquin qui vous accompagnera pendant votre aventure.

Insécurité, paludisme, corruption… Faut-il avoir peur de se rendre à Madagascar ? Les fais divers surmédiatisés ne doivent pas vous priver de cette expérience unique. Utilisez un traitement prophylactique contre le palu pendant la saison des pluies si vous êtes à Mada moins de trois mois par an, ayez un comportement adapté, Madagascar est un des pays les plus pauvres au Monde, ne buvez pas trop de THB et soyez en règle par rapport aux autorités, ça vous évitera des déconvenues. Sur ce, bon trip !

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