Epidémie de peste pulmonaire à Madagascar : même pas peur !

Madagascar ©feeldDans quelques jours, je serai de retour à Mahajanga, à la case avec ma compagne au milieu des rats du quartier. ©feeld

Mon médecin réunionnais m’a souhaité bonne chance, puis il s’est rattrapé en me lâchant un : « Je préfère vous souhaiter bonne chance que bon courage ! ». Je m’envole dans quelques jours pour Madagascar rejoindre ma compagne où sévit une épidémie de peste pulmonaire urbaine.

Dans quelques jours, je serai de retour à Mahajanga, à la case avec ma compagne au milieu des rats du quartier. Mon quartier, je vous en ai déjà parlé sur Mondoblog au mois de juillet dans un article (Je vis à Madagascar dans un quartier populaire et je vous rassure : tout se passe bien !). Avant de repartir travailler à La Réunion en août, j’ai agrandi la case en tôle d’une nouvelle pièce en bois, un jour peut être, pour ceux que ça intéresse, je vous expliquerai dans un article comment j’ai procédé.

Oui, tout se passait bien, jusqu’à ce que je découvre sur le site de l’Institut Pasteur d’Antananarivo le réveil du foyer historique de peste de Mahajanga : depuis le 1er août, 9 cas ont été répertoriés au Laboratoire Central Peste qui collabore avec l’OMS dont un de peste pulmonaire.

Les médias français accusés de « générer futilement la psychose »

J’ai des nouvelles de la situation à Mahajanga par ma compagne et les rumeurs les plus folles circulent. Certains disent que c’est un coup des pharmaciens Karana pour vendre à prix fort le Cotrim (l’antibiotique anti-pesteux de référence là-bas), d’autres racontent que si les hôpitaux ne restituent pas les dépouilles aux familles, c’est pour voler les organes… Enfin certains pensent que c’est une tentative de destabilisation politique, que ça pourrait venir de l’étranger afin d’affaiblir Madagascar pour mieux la piller. Et le gouvernement, qui peine à reconnaître la gravité de l’épidémie, entretient au premier chef cette rumeur en incriminant les médias français de « générer futilement la psychose » selon ses mots dans son surprenant communiqué 24CP-G du 7 octobre 2017.

Il n’y a pas de quoi fouetter un chat pour les habitants de Mahajanga : seulement 9 cas notifiés. Mais plus de 200 dans la capitale et une centaine à Toamasina. Sauf qu’en lisant les médias malgaches, il y a de quoi s’interroger sur les chiffres : des pestiférés s’évadent des hôpitaux, des familles cachent leurs malades de peur qu’ils finissent dans une fosse commune loin du tombeau des ancêtres.

Éradiquer le bacille à coups de balais

Sous l’injonction du préfet, le chef fokontany a rassemblé les habitants du quartier au mégaphone samedi dernier pour nettoyer les rues à coups de balais et à coup d’amendes. Si si, à coups d’amendes ! Pas pour ceux qui abandonnent des détritus, mais pour les habitants du quartier qui ne se déplacent pas pour ce coup de com. Car au quartier, ça marche comme ça, si tu ne te présentes pas avec ton carnet fokontany aux veillées funèbres, ou autres rassemblements solidaires, le chef te colle une amende. Ah, le fihavanana ! Je ne voulais pas que ma compagne participe à cette mascarade mais comme elle ne voulait pas payer l’amende, elle a sorti son balai. J’ai dû insister pour qu’elle se couvre le visage et mette des gants.

Elle n’a pas peur de la peste ! Elle aussi, elle n’y croit qu’à moitié à cette histoire d’épidémie pulmonaire, comme beaucoup dans le quartier. Elle a déjà par le passé chopé la fièvre typhoïde, survécu à un empoisonnement et est passée au travers de la terrible épidémie de choléra de 1999. Alors ce n’est pas une peste saisonnière qui l’affole…

Apocalypse Now

La position de l’OMS est pourtant alarmante : l’épidémie est de grade 2 et le risque de propagation nationale est très élevé. Alors à Mayotte, à La Réunion, des médias mais aussi des politiques s’interrogent et interpellent les préfets sur une fermeture de la destination à l’image des Seychelles qui a identifié un cas de peste pulmonaire sur son territoire. Depuis deux semaines, les manifestations culturelles et sportives sont interdites à Madagascar, les écoles sont fermées, ce sont « les  vacances de peste ». Mais les lieux cultuels restent ouverts, comme si le gouvernement s’en remettait à Dieu pour sauver le pays de l’apocalypse annoncée.

Mon médecin m’a préparé au pire : il m’a prescrit de la doxycycline au cas où…

Il ne dispose que de la notice d’informations à l’attention des voyageurs en partance pour Madagascar envoyée par l’Agence Régionale de Santé de l’Océan Indien qui recommande de consulter un médecin sur place si des symptômes apparaissent. A l’ouest, l’ARS-OI ? Pour les villes, la consigne officielle à Madagascar relayée par les médias (ici et ) est d’appeler le numéro vert 910 et d’attendre une équipe médicale à la case. Mais après ? Mon médecin n’a pas su me répondre, a essayé de me persuader de ne pas partir puis m’a souhaité bonne chance car il a compris que je ne la laisserai pas tomber.

De la doxycycline au cas où on déciderait de se cacher ? Apocalypse Now, même pas peur !

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