Malgré la peste à Madagascar, j’ai vu un seul rat en 10 jours !

Madagascar ©feeldMahajanga, la route de Tana près de chez moi

Je suis allé dix jours à Madagascar pour rejoindre ma compagne en pleine épidémie de peste pulmonaire. Vous vous rappelez ? J’avais posté un article juste avant mon départ : Epidémie de peste pulmonaire à Madagascar : même pas peur ! Je suis rentré à La Réunion le 27 octobre et évidemment, je n’ai pas chopé la peste. Je vous raconte…

Pour me rendre à Mahajanga, je suis passé par Mayotte : c’est la compagnie Ewa Air, une filiale d’Air Austral, qui m’a débarqué. Je n’avais pas trop envie de passer par Antananarivo, vu l’ampleur de l’épidémie là-bas. Même pas peur, enfin un peu quand même ! Et puis pour dix jours, passer par la capitale, c’était réduire à une peau de chagrin mon séjour à la case. Depuis, j’ai repris le taf.

Mon arrivée à Mahajanga

Nous étions 12 passagers dans l’ATR 72-500, un avion d’une capacité de 68 sièges qui est d’habitude quasi plein ! Du coup pour une fois, ce fut vite plié, il y avait plus de douaniers que de passagers. Aucun message d’information concernant l’épidémie n’a été donné pendant le vol, on nous a remis un tout petit papier à la sortie de l’avion me demandant de confirmer mon vol retour 72 heures à l’avance, ce qui m’a étonné. Pas rassurant ! Je suis un habitué de la ligne, et c’est la première fois que je dois confirmer mon vol retour. Même chose à l’aéroport Philibert Tsiranana de Mahajanga : rien, nada, aucune information sur la peste ! J’ai remis comme d’habitude la fiche sanitaire au premier contrôle (le deuxième volet de la fiche de débarquement remplie dans l’avion) et puis c’est tout. Rien, nada, aucune information sur la peste !

Me voilà sorti, ma compagne m’attend avec une bouteille d’Eau Vive : même si je viens de La Réunion, je prends un choc thermique à chaque fois que j’arrive à Mahajanga ! Et nous voilà partis avec notre chauffeur habituel. Je lance un «  Tu as passé ton taxi au DTT ? ». Ca y est le sujet est lancé. Pour lui, il s’agit d’une peste politique. « Pas encore ! » me répond-t-il avec ironie.

De la peste pulmonaire à la peste politique

J’arrive à Madagascar le 18 octobre, c’est la panique dans la zone Océan Indien, les Seychelles ont fermé la destination et mis en quarantaine tous les revenants ! Je débarque avec de la doxycycline au cas où et une trentaine de masques chirurgicaux. Si, si, une trentaine ! J’avais pourtant dit à mon médecin qu’on allait me prendre pour un fou : il m’a simplement répondu qu’on ne m’emprisonnera pas si je débarque masqué. Quoique ! Je me le demande maintenant, parce qu’en dix jours, j’ai dû en voir deux et c’était à la Gastronomie Pizza, deux serveurs Mérina (ethnie de la capitale où, paraît-il, l’épidémie a rendu la population psychotique). Soit c’est leur maman de Tana qui les a fait flipper, soit ils recyclaient les masques, car tout Malgache connaît les règles strictes d’hygiène chez Gastro Pizza ! Je n’ai donc pas déambulé masqué dans les rues de Mahajanga, malgré les recommandations de mon médecin.

Là-bas personne, vraiment personne ne croit à l’épidémie. Les gens ne nient pas que la peste existe, d’ailleurs Mahajanga est un foyer connu de peste bubonique. Mais pour eux, la peste cette année est politique. Chacun y va de son interprétation : un coup de l’opposition (toujours le spectre de Ravalomanana qui hante les esprits) ou au contraire, un coup du gouvernement pour repousser les élections de 2018 et glaner des devises. A ce sujet, je ne sais pas où vont les dollars donnés par les instances internationales pour lutter contre la peste à Mahajanga, parce qu’à l’aéroport comme en ville, rien, nada, aucune action de sensibilisation. Il y avait bien le thermomètre infrarouge à l’aéroport au retour, mais il était déjà là en 2016 au moment de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Mais ne polémiquons pas, car je suis persuadé que chaque dollar donné (plus de six millions pour l’OMS et la Banque Mondiale, quand même !) ira à la lutte contre la peste. Argh !

Dix jours coupé du monde

Pendant dix jours, je ne savais pas trop où en était l’épidémie à cause des délestages. La Jirama nous donnait quelques heures d’électricité par jour, de quoi recharger nos appareils et surtout nos lampes. Côté réception TV, c’était une catastrophe, et ne parlons même pas d’internet. Ma mère, qui est à dix mille kilomètres, en savait plus que moi et s’inquiétait grave depuis qu’elle avait appris qu’un Français était décédé soi-disant de la peste à Tamatave. J’ai vu un seul rat errer une fois de nuit à côté de notre compost, comme quoi les fautifs se planquent. Il faut dire que notre armée de chats fait du bon boulot ! Mais c’est vrai aussi que la saison des pluies n’a pas encore commencé… La nuit, sans électricité, c’est chaud quand on habite une case en tôle dans un quartier populaire ! Une nuit, à deux heures du matin, on a entendu la voisine hurler ! J’ai mis cinq bonnes minutes à me motiver pour sortir la machette à la main. En plus, j’avais laissé mes chaussures dehors : pas évident de se battre en savate deux doigts ! C’était trois dahalo qui avaient tenté de voler les sacs de 50 kg de riz qu’elle venait de faire rentrer pour son business.

A Mahajanga, ce qui préoccupe les gens en ce moment, ce n’est pas la peste, c’est la montée de l’insécurité et surtout toujours et toujours trouver l’argent pour acheter son kapok journalier de riz. A un an de l’élection présidentielle, tout le monde sait à Madagascar, que la situation va se tendre de jour en jour.

En attendant, le Président de la République tranquillise les esprits sur Facebook dans son Rendez-Vous #Fotoambita : « Je peux vous assurer que la peste existe réellement, et qu’elle n’a nullement été inventée. » Demain, lundi 6 novembre, c’est la rentrée dans les écoles primaires, finies les vacances de peste. Hery Rajaonarimampianina aurait d’ores et déjà sauvé Madagascar, l’épidémie de peste pulmonaire serait sur le déclin.

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